19 septembre 2006
Ce soir, c’est mon anniversaire
De Nathalie Fossati

J’ai décoré ma maison dans laquelle flottent les effluves de petits plats mitonnés. J’ai arrangé mes plantes, mis de la musique, sorti les verres et les assiettes.
Dernières retouches devant le miroir. Je me suis habillée, fardée, fait belle pour l’occasion. Contente du résultat, je souris à mon reflet. Parce que ce jour est le mien. Ce jour est pour moi. Tout est prêt, tout semble là.
J’allume les dernières bougies et me sers un verre en regardant distraitement au dehors. La vue au-delà du jardin s’élargit pour englober la plaine. Puis la montagne, barrière brumeuse et rosie par les derniers rayons du couchant, accroche jalousement les derniers nuages qui traînent.
Je pense à mes convives. Qui ai-je donc invité ? Des amis, des connaissances, des êtres humains avec qui partager le rire et l’émotion. Ils seront un certain nombre mais jamais autant que les absents. Mes pensées vagabondent… Que de gens croisés le long de mon parcours. Que de sourires, de mains tendues, de témoignages d’amitié, d’amour.
Où sont-ils maintenant tous ces gens qui me manquent ? Que font-ils de leur vie ? Où sont leurs joies ? Quelles couleurs ont leurs peines ? Je repense à l’enfance et à ses amitiés à peine ébauchées. Je repense à mes amants dont la présence était indispensable, vitale comme l’eau à une fleur. J’ai alors tant de questions.
J’aurais aimé voir les rides marquer leurs visages. Que j’aurais aimé ces discours plein de fous rires et de «tu te rappelles ?» Je repense à mon parcours de vie, jalonné de vivants, prêts à partager. Le bonheur de l’âge qui avance : on remplit son coffre de trésors et, pour ressortir les souvenirs cachés au fond, il faut ranger les premiers, redécouvrir les seconds. On classe dans sa bibliothèque sa vie répertoriée en chapitres. A chaque page, un vivant, un ami, un amour. C’est de ce que l’on a appris avec lui que l’on peut passer au suivant. Mais où êtes-vous mes ébauches, toutes mes esquisses ? Qu’en serait-il aujourd’hui ? Que resterait-il de nos relations, de nos liens, hier si fort…?
Je suis là face à moi-même et les visages du passé ressurgissent. Ils s’éclipsent des pages de mon livre et viennent me sourire tendrement, un peu tristes. Où êtes-vous mes amis, mes amours ? Une petite larme perce alors que je regarde le soleil qui se meurt pour mieux revivre demain.
Que la vie vous soit douce, personnages de ma route et que, jamais, vous ne m’oubliiez. J’ai tant de tendresse en repensant à nos émois, à nos erreurs. Merci, mon chemin, de m’avoir permis de vous croiser, de faire quelques pas à vos côtés. Merci à vous mes amis, humains extraordinaires de m’avoir permis de vous aimer.
On sonne à la porte. Voici les premiers convives, les derniers ?
Que la fête commence !
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