20 août 2006
Pour un environnement de travail dépollué : rendre l'utile à l'agréable
Magazine professionnel Réflexions immobilières

Extrait
Quel rapport y a-t-il entre les navettes spatiales de la NASA, l’ambiance feutrée de nos bureaux et… les plantes vertes en pot? Aucune direz-vous. Pourtant, le lien est… subtil, mais évident : c’est une question d’atmosphère.
Les spécialistes de la pollution chimique n’ont eu de cesse de nous alerter, au cours de ce demi-siècle, sur l’impact de plus en plus nocif des produits chimiques de synthèse sur la faune, la flore et les êtres humains. Si, grâce aux recherches scientifiques, aux campagnes de sensibilisation des associations de sauvegarde de la nature et de l’environnement et à la volonté occasionnelle des pouvoirs publics d’intervenir dans ce domaine, certaines substances dangereuses ont été retirées ou leur usage limité, il reste qu’un très grand nombre d’entre elles restent en usage, sans compter de nombreuses nouvelles substances régulièrement créées et commercialisées, qui pourraient être encore plus nuisibles.
Substances chimiques nocives : les bureaux exposés en permanence
Les dangers de cette situation sont manifestes pour la santé humaine. Mais, ce que l’on sait moins – ou ce que l’on voudrait occulter – ce sont les risques que représente la présence permanente, dans la structure des immeubles d’habitation et de bureaux, de matériaux et de produits diffusant passivement dans l’atmosphère intérieure des particules tout à fait nocives pour les organismes vivants.
Il est difficile de dénombrer avec exactitude le nombre de sources de substances chimiques nocives pour l’Homme mais leur chiffre pourrait dépasser le millier. Quant aux substances chimiques et minérales elles-mêmes, ainsi diffusées dans l’air ambiant, le chiffre peut également atteindre cet ordre de grandeur voire le dépasser. Des études récentes publiées par des organismes s’intéressant à la sauvegarde de la faune ont révélé la présence de plus de 265 polluants organiques et 50 produits chimiques inorganiques dans les mammifères marins. Qu’en est-il alors des « mammifères terrestres » que nous sommes ? Peu d’études existent dans ce domaine qui nous concerne pourtant au premier chef.
Le WWF , organisation mondiale de protection de la nature et de promotion du développement durable, a exprimé son inquiétude sur l’impact des produits toxiques chimiques sur la biodiversité. Il n’y a pas un endroit dans le monde où la faune, la flore, les êtres humains et les écosystèmes dans leur intégralité ne sont menacés par des produits chimiques aux effets secondaires désastreux à moyen et à long terme.
Parmi ces effets, citons par exemple, la capacité de modifier le développement sexuel, l’équilibre neurologique et comportemental des êtres vivants, l’altération de leur reproduction et la diminution des systèmes immunitaires des êtres vivants, Homme compris.
Le problème de la pollution chimique dépasse les générations
Les responsables de la protection de la nature regrettent que la réglementation existante ne soit pas assez exhaustive ni efficace pour assurer la protection de la vie sauvage et de la santé humaine. En dépit des connaissances que nous possédons d’ores et déjà sur la contamination générale de la nature et des êtres humains et de la découverte des effets nocifs des produits chimiques de synthèse, on constate « une absence choquante de données publiquement disponibles en matière de sécurité des produits actuellement utilisés » comme s’exprimait une de ces grandes organisations internationales.
Parmi d’autres conséquences graves de cet impact général sur l’Homme, citons l’observation scientifique selon laquelle « les mères transmettent à leurs bébés des produits chimiques durant la grossesse et que des prélèvements sanguins réalisés sur les cordons ombilicaux révèlent la présence de plusieurs substances chimiques. » Nous en sommes arrivés au point où, désormais, les nouvelles générations auront à souffrir directement de notre irresponsabilité en matière écologique : la mère transmet à son bébé durant la grossesse un certain nombre de substances chimiques plus ou moins nocives auxquelles elle a été elle-même exposée. Il en est ainsi des femmes, enceintes ou pas, qui, comme les hommes, employés ou cadres, passent la plus grande partie de leur existence dans les bureaux.
76 produits toxiques différents dans le sang des parlementaires européens !
En avril 2004, le WWF a rendu publics les tests sanguins de 39 députés européens (dont Marie-Anne Isler Béguin, Harlem Désir et Danièle Auroi pour la France). Pas moins de 76 substances chimiques toxiques persistantes ont été retrouvées dans le sang des eurodéputés sur les 101 recherchées, classées en cinq groupes.En moyenne, chaque député était porteur d’un cocktail de 41 produits toxiques composés de substances persistantes (qui ne se dégradent pas dans la nature) et bio-accumulatives (qui s’accumulent dans le corps). 13 résidus chimiques (phtalates, composés perfluorés) sont retrouvés systématiquement chez tous les parlementaires.
Le « syndrome des bâtiments malsains »
Les citadins que nous sommes passons en moyenne plus de vingt heures par jour dans des atmosphères plus ou moins confinées comme celles de la maison, du bureau, de l’usine, de la voiture, des restaurants ou cafétérias, des transports en commun. Il en résulte pour notre organisme une exposition quasi permanente à une pollution interne s’avérant potentiellement plus nocive que la pollution extérieure telle qu’on peut la mesurer en ville ou à la campagne .
L’air intérieur est plus pollué que l’air l’extérieur du fait de la concentration, dans un espace habituellement restreint et confiné – surtout l’hiver mais l’été aussi –, d’un grand nombre de produits chimiques de synthèse ou de substances minérales naturelles ou transformées émanant de nombreux produits et matériaux avec lesquels nous sommes en contact de manière directe ou indirecte, mais constante. Ces produits et matériaux, sources de pollution interne, se classent en diverses catégories selon que l’on considère les structures fixes ou amovibles du bâtiment (béton, parpaings, plafonds, mur, radiateurs, canalisations…), les éléments décoratifs (peintures, revêtements, enduits, rideaux…), le mobilier et les modules de rangement et d’entreposage, les émanations toxiques dues aux machines et aux appareillages en repos ou en marche (ordinateurs, photocopieurs, machines à laver, voitures…), les sources d’énergie (lampes, radiateurs, modems, appareils de chauffage, climatiseurs…), les consommables de bureau, les parfums d’ambiance (vaporisateurs, aspirateurs, toilettes, taxis, air conditionné, linge), les vêtements que l’on porte, le tabagisme, etc. L’effet nocif combiné de cette multitude de substances indésirables qui colonisent l’atmosphère (sans parler des substances spécifiques émises pendant l’exercice de certains métiers, qui relèvent d’une autre catégorie d’effets liés aux risques et aux maladies professionnelles : mines, fourneaux, ateliers…) est connu par les scientifiques pour provoquer ce qu’ils appellent le « syndrome des bâtiments malsains » (SBS – Sick Building Syndrome). Ce syndrome a commencé par être connu du public lorsque des journalistes de la presse écrite et radiotélévisée y ont consacré des articles et des émissions. France 5 en a parlé dans son émission « Question Maison » sous la forme d’un dossier intitulé « Les plantes "dépolluantes" ». On y découvrait un autre sigle : COV (Composés Organiques Volatiles), définissant les substances polluantes qui émanent des colles de moquette, des peintures, du papier peint, etc.
La lecture du tableau inspiré par le Dr Wolverton, ancien spécialiste de la NASA (tableau 1) nous permettra de mieux nous rendre compte de l’ampleur du phénomène qui touche toutes les couches de la population et, sans doute encore plus, le personnel de bureau et ses cadres, étant donné que nous passons la majeure partie de notre vie d’adulte sur le lieu de travail.
© Pierre Vican
© photo : droits réservés.
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