20 août 2006
Un livre ne vit-il pas que pour ses lecteurs, par ses lecteurs ?
Il n’y a rien de vraiment prétentieux dans l’acte d’écrire sauf évidemment à le faire pour ne rien dire ou pour prétendre à quelque chose de fallacieux.
Quand est-ce que celles et ceux qui produisent, dans l'intimité de leur Olympe littéraire, de bons textes cesseront-ils de se cacher derrière les rideaux d’une modestie rougissante en s’excusant d’avoir de bonnes idées tandis que les pisse-copie verbeux de l’intelligentsia suffisante gesticulent, impudiques, alimentant de leur fièvre impubère les feux éphémères des studios cathodiques en brandissant la pyrite de leur médiocrité pour l’or de l'originalité ?
Ce que l’on donne à lire ne doit-il pas être seulement juste, drôle, émouvant, convaincant, captivant ?
Un livre ne vit-il pas que pour ses lecteurs, par ses lecteurs ?
Ce sont eux qui insufflent la longévité au livre, tandis que l’auteur lui a jeté le premier souffle, donnant l’élan à la roue, ébranlant le char de l’aventure ou de la muse.
Le succès d’un livre est une alchimie qui puise son mystère dans l’accomplissement d’un rite païen fort répréhensible en ces temps d’inculture : l’amour, la passion pour l’histoire, une union charnelle de durée aléatoire, assujettie au plaisir de la volupté dont les préliminaires sont à la discrétion de l’auteur, les fruits au goût du bénéficiaire. Le reste ne mérite pas que l’on s’y attarde, ni l’auteur, ni le lecteur, sauf, peut-être, quelque critique désœuvré… Ayons pitié de lui, il méconnaîtra toujours la passion, victime qu'il est d'une impuissance qui s’incarne chez lui dans le premier et le dernier degré de son avilissement.
© Pierre Vican, ML 8.11.2005
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